Paul Bénarian n’en revenait pas : tout ce qu’il découvrait
autour de lui n’était que désolation. Depuis qu’un grondement sourd l’avait
sorti de son lit, il avait l’impression de vivre un cauchemar. Réveillé à six
heures du matin par un ronflement terrible, plus fort que celui de plusieurs
moissonneuses-batteuses qui seraient passées en même temps à proximité de sa
petite maison, il n’avait tout d’abord pas réalisé ce qui s’était passé. Les
murs de sa chambre avaient tremblé, tout comme le plancher, puis des bruits de
craquements avaient retenti dans la charpente, les vitres avaient éclaté, les
cloisons s’étaient fissurées. Paul dut son salut aux sirènes des villages
voisins qui avaient déchiré l’air simultanément et l’avaient tiré hors de chez
lui.
Il n’avait eu le temps de s’emparer que de son poste radio et de sa sacoche de
reporter amateur avant que le plafond ne s’écrasât sur son lit, dans un nuage de
poussière. Il regardait dans toutes les directions et n’apercevait que des
ruines : les bâtiments s’étaient ramassés sur eux-mêmes, le village était
entièrement détruit, comme écrasé sous les pieds d’un géant invisible. Des cris
hystériques, des pleurs, des gémissements, des aboiements plaintifs fusaient de
toutes parts. Quelques villageois s’affairaient à dégager ici une femme coincée
sous une poutre, là un enfant enseveli vivant. Paul venait de comprendre : un
terrible séisme avait secoué son village méridional et les victimes devaient
être nombreuses. Malheureusement, il assistait au drame, impuissant…