Julie se réveilla la première. Avant même son biberon, elle
réclama son père. Pas de réponse, elle se leva, défit sa gigoteuse, courut dans
la chambre de ses parents et découvrit Catherine encore à moitié endormie. La
fillette grimpa sur le lit, posa un gros bisou sur la joue de sa mère et
interrogea celle-ci :
- Papa pas là ?
- Non, Papa est parti, répondit la mère désemparée.
- Papa parti ? Insista l’enfant.
- Oui, et pour plusieurs jours ! Soupira l’adulte .
L’étonnement passé, Julie réclama son biberon. Catherine s’extirpa des draps et
prépara le petit-déjeuner : une boisson lactée pour l’enfant tôt levé ce
dimanche matin, un thé brûlant pour elle. Les garçons avaient l’habitude de se
lever peu avant dix heures et de choisir eux-mêmes leur repas du matin, fait de
corn flakes ou de produits similaires. La matinée passa lentement, seule Julie
n’était pas trop atteinte par la peur ou l’inquiétude ; la fillette, bien trop
jeune pour se rendre compte de la gravité de la situation et de l’absence de son
père, n’avait pas besoin d’explication pour son esprit enfantin.
Le téléphone sonna : contrairement à leur habitude, les garçons ne se jetèrent
pas sur l’appareil ; Catherine décrocha alors anxieusement le combiné, porta
l’écouteur à l’oreille. Les premiers mots prononcés lui échappèrent, tant elle
redoutait ce qu’elle pourrait entendre…