Le passage

Vendredi : le retour à la maison.

La semaine de travail était terminée pour l'homme qui pilotait ce Chrysler Voyager flambant neuf. Le manège des essuie-glaces, la nuit et le peu de circulation le poussaient à la rêverie. Il repensait à tout ce qu'il avait été, à ce qu'il était devenu : sa vie déjà bien remplie, il avait l'impression de devoir réaliser encore une multitude de projets. Il était très actif et venait de franchir le cap difficile des quarante ans sans même une larme d'amertume, il ne regrettait pas son passé et sa première jeunesse. Gérard Louis, depuis son adolescence, se battait contre son entourage pour que ses interlocuteurs ne mélangeassent pas son nom et son prénom. Cependant les gens avaient la mémoire courte et ne faisaient aucun effort pour retenir l'identité de l'homme, le chahutant parfois avec des remarques comme : « a-t-on idée d’avoir un prénom comme nom de famille ! »
Gérard avait fait différents métiers avant de se fixer à un poste de secrétariat du personnel, dans une banque de la région lyonnaise. Toutes ces périodes défilaient sous ses yeux. Une voiture croisa Gérard en l’éblouissant. L’homme sortit momentanément de sa rêverie, poussa le volume de son autoradio ; la route était longue et de nouvelles images défilaient devant le conducteur. Il se revoyait à la salle d’accouchement et se souvenait des box vitrés au travers desquels il pouvait voir son enfant. Il repensa aux nombreuses fois qu’il avait transpiré sous une blouse blanche, un bonnet et des chaussons qu’il dut mettre pour pénétrer dans la nurserie. La sortie de l’hôpital, la première nuit avec le nouveau-né à l’appartement, les biberons, que de moments forts… Que le temps passait vite, cet enfant roulait maintenant en mobylette, revendiquait le droit de décision au sein de la cellule familiale. Gérard aimait autant ce premier enfant que son frère et sa petite sœur, mais l’adulte cachait pudiquement son amour pour les siens…/

…/ Ce soir, lorsqu’il arriverait, Gérard savait qu’il trouverait un vide dans la maison : son chien était mort et il l’avait enterré la veille. L’animal ne serait plus là pour regarder son maître avec ses grands yeux marrons, la bête ne remuerait plus son petit bout de queue au moment des caresses. L’homme savait qu’il n’avait pas donné à son fidèle compagnon tout l’amour et tout le temps qu’il demandait et la perte de ce dernier l’affectait plus qu’il n’en laissait paraître…

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Robjak à Craponne 10/2005 - robjak

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alias Robert JACQUES

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