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Bouvard rapprocha le micro posé devant lui :
– Mesdames, messieurs, chers auditrices et auditeurs, bonjour ! Aujourd’hui nous
avons le bonheur de recevoir :
Celui qui n’a à envier au capitaine Haddock ni sa vergue, ni son plaisir de
naviguer, j’ai nommé notre illustre capitaine Olivier de Kersauson !
Celui qui crie aussi fort et s’exprime aussi mal que le capitaine Haddock
lorsqu’on parle de restauration rapide, notre ambassadeur de la bonne table,
Jean-Pierre Coffe !
Et enfin celle qui aurait pu charmer notre grand navigateur par sa voix et sa
beauté ou notre ambassadeur de la bonne table avec les spécialités culinaires
lyonnaises, Liane Foly !
Notre invité d’honneur est aujourd’hui un romancier, celui par qui le scandale
aurait pu arriver, j’ai nommé Geehair !
Geehair, vous êtes ici pour parler de votre roman « J’ai créé SARKO™ ».
N’avez-vous pas peur de vous attirer les foudres de notre bien-aimé Président
avec un tel titre ?
– Non, car je ne porte aucun jugement sur la politique menée par Sarkozy !
répondit Jean d’une voix d’abord mal assurée mais qui devint ensuite plus
maîtrisée. J’ai d’ailleurs veillé à ne rien écrire de diffamatoire, je ne
recherche pas à discréditer le Président à travers mon roman !
– Vous dites ne pas porter de jugement, mais j’ai relevé des passages
croustillants entre votre communication téléphonique avec le Président, vos jeux
de cartes que vous devez remettre à jour après son divorce, puis après son
mariage avec Carla Bruni ou encore avec votre Ségolène chantant « la Sarkogniole
» !
– C’est vrai que j’ai fait quelques clins d’œil à l’actualité, mais « J’ai créé
SARKO™ » ne doit pas être considéré comme une propagande anti ou pro-Sarkozy !
– Je vais lire quelques passages de votre roman puis je demanderai à notre amie
Liane Foly de chanter « la Sarkogniole » ! Vous écrivez : Monsieur Soussian,
il s’agit là de votre héros, avez-vous songé à l’image que vous donnez du
Président de la République ? Croyez-vous que cela serve l’intérêt de la France ?
Je ne le crois pas et ce que je dis, c’est que ce n’est pas une bonne idée !
Mais vous l’avez concrétisée, il faut l’exploiter ! Le lecteur ne peut pas
ignorer qui s’exprime ainsi et vous poussez votre jeu jusqu’à mélanger des faits
ou des paroles crédibles avec des éléments imaginaires. C’est là la force de
votre livre !
…/…
Je vais maintenant demander à notre merveilleuse Liane Foly
d’interpréter «la Sarkogniole»!
Bouvard riait déjà. La chanteuse se leva et entonna :
– Chantons la Sarkogniole,Vive le bon, vive le con,
Chantons la Sarkogniole,Vive le fonds des pensions !
Les sociétaires et le public reprirent en chœur ce pastiche de chant
révolutionnaire.
Le public applaudit ensuite, Bouvard remercia Foly pour son interprétation ;
Jean avait des larmes aux yeux : entendre chanter son texte par tant de
personnes l’avait ému. Il repensa alors dans quelle circonstance il avait écrit
ces quatre vers et il regretta que Marine ne fût pas dans la salle. L’animateur
lut ensuite deux ou trois questions des auditeurs qui donnèrent l’occasion aux
sociétaires de s’exprimer, de plaisanter et même de délirer. Après l’arrivée du
tiercé et le bulletin d’informations de dix-sept heures, Bouvard reprit son
interview…
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