Carole, la Caladoise

Chapitre 1

…/ 9 heures 30. La porte du bureau s’entrouvrit et un homme apparut, introduit par un employé de l’agence. La directrice lui fit signe d’entrer et l’invita à s’asseoir. Calée dans son fauteuil, elle observa le nouveau venu. L’homme présentait bien mais affichait une certaine timidité. Il semblait fasciné par Carole et ne parvenait pas à détacher ses yeux de la silhouette vêtue de rouge et de noir. Il répondait aux questions de cette dernière sans même réfléchir. Il s’appelait Gilles Duplik, était le cadet d’une famille de quatre enfants mais ne fréquentait pas son frère et ses sœurs qui étaient tous beaucoup plus âgés que lui. Ses parents étaient décédés et il était très solitaire. Il avoua sa grande timidité qui l’avait empêché à maintes reprises de vivre des moments forts en compagnie de femmes qu’il avait aimées. L’homme sortit pourtant de sa réserve lorsqu’il parla de son métier. Carole écoutait poliment Gilles qui expliquait ses travaux de recherche et qui conclut :
- Les progrès faits dans les domaines de la biologie, de la génétique et de l’hérédité sont tels que maintenant on pourrait créer des clones humains sans le moindre risque. C’est mon rêve et je dois avouer que, tant qu’aucun pays ne prendra la décision d’interdire de telles expériences, je manipulerai les gènes pour obtenir l’être parfait. Seulement j’ai besoin d’une aide de tous les jours, d’une personne compréhensive qui partagerait ma vie et qui s’occuperait des besognes quotidiennes, pour que je puisse travailler sans souci des contraintes matérielles.
- Ne pensez-vous pas, demanda Carole, que vouloir créer des êtres humains revienne à vouloir se placer au niveau de Dieu ? Certes la foi est moins présente en nous en 1990 qu’au Moyen-Âge, mais vos créatures vous auraient conduit au bûcher quelques siècles plus tôt ! Aurez-vous droit de vie et de mort sur vos clones ?
- Vous touchez là le côté déontologique de la recherche scientifique, répondit Gilles, mais la grossesse in-vitro n’est-elle pas déjà une forme de création fabriquée ? Pourtant personne ne crie au scandale pour une naissance ainsi programmée ! Ce n’est pas pour autant que les concepteurs de ces nouveau-nés les détruisent à leur guise. La loi est ainsi faite qu’elle protège ces bébés de la même manière que les enfants nés naturellement…/

…/ Ce que vous me dites là est très excitant, ironisa Carole, mais cela semble encore tellement lointain que je ne puis imaginer qu’un jour l’expression « se mettre en quatre » devienne réalité !
- Ne croyez pas cela, insista Gilles, j’ai déjà énormément travaillé sur ce projet et je vous assure que ce n’est plus une utopie. Le plus difficile est de trouver une personne digne de confiance, de compréhension, pour passer à la phase expérimentale…
- Et vous me demandez de vous fournir une victime, s’indigna la directrice. Allons monsieur Duplik, prenez-vous l’agence « 1+1 » pour une banque de cobayes humains ?
- Mais pas du tout, balbutia Gilles, seulement je pensais que si je trouvais la femme idéale, alors quel plus beau cadeau lui faire que de la reproduire à l’infini ? Tout comme on bouture sans cesse un géranium, ma partenaire serait sans cesse renouvelée, elle ne disparaîtrait jamais !
- J’avais déjà lu la comparaison des femmes avec des fleurs, essentiellement avec des roses mais c’est la première fois que j’entends mes semblables traitées de géraniums, pourquoi pas de pissenlits !

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Robjak à Craponne 10/2005 - robjak

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alias Robert JACQUES

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